35 ans de réflexion capillaire…

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu un rapport difficile avec mes cheveux crépus.

Petite, je ne comprenais pas pourquoi ils ne poussaient pas tout simplement, comme ceux de ma sœur qui est…blonde aux yeux bleus ( !). Pour la petite histoire, j’ai été adoptée à la naissance et j’ai grandi dans un environnement familial où je ne me suis jamais sentie différente parce que j’étais la seule Noire. J’étais juste moi, Martine.

Seulement voilà, mes cheveux (bien plus que ma couleur de peau) étaient là pour me rappeler que j’avais ce petit quelque chose d’autre, d’ailleurs. Toutes mes amies avaient les cheveux longs et moi pas. Et ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé !

Je me souviens ainsi de mon tout premier brushing, chez le coiffeur de ma mère et de l’immense joie que j’avais ressentie ce jour-là : j’avais enfin les cheveux longs et raides !!! Le bonheur fût de courte durée car mes cheveux retrouvèrent vite leur état naturel. Devant ma déception, ma mère décida de s’informer sur la façon de les soigner. On lui répondit qu’il fallait acheter des produits spécifiques à Matongé, le quartier africain de Bruxelles. Ma mère s’y rendit et quelle ne fût sa surprise d’être moquée, personne ne voulant croire qu’elle avait un enfant Noir. Elle revint tout de même avec du Beurre de Karité et c’est ainsi que, grâce à elle, j’ai commencé à nourrir mes cheveux.

La suite fut une histoire de rencontres et de déclics :

1er déclic – Ma rencontre avec Sandrina, mon amie d’enfance, d’origine Congolaise comme moi. Cette amitié n’était pourtant pas gagnée car elle se moqua d’abord longtemps de moi et de mes cheveux. Devant mon désarroi, elle décida de faire de moi son cobaye. C’était la première fois qu’on s’occupait de mes cheveux. Tresses, défrisages, tissages, on a tout essayé…pour se rendre compte assez vite que mes cheveux étaient métissés, qu’ils ne supportaient pas les produits défrisants et se cassaient très rapidement. Bref, mes cheveux poussaient très, très lentement et il n’y avait pas grand chose à faire. Je me suis petit à petit fait à l’idée, tout en complexant davantage… Heureusement, il y avait toujours mes parents, mes premiers fans, pour me dire que j’étais jolie, quoi que je fasse !!!

2è déclic – Ma rencontre avec Louise, ma mère biologique. Outre l’émotion de cette journée si particulière, je me souviens avoir dit à Sandrina qui m’accompagnait : « Tu as vu, elle a les cheveux super longs !!! ». L’espoir m’était revenu. Après tout, je tenais pour moitié d’elle ! Louise m’acheta d’autres produits pour assouplir mes cheveux sans les défriser, tout en me conseillant de poursuivre le tissage de mèches, le temps que mes cheveux poussent. Je découvris ainsi les mèches brésiliennes, ces fameuses extensions à base de véritables cheveux. Il me fallut du temps pour trouver mon style, il y a eu d’ailleurs quelques ratés capillaires mémorables comme cette coupe improbable que j’arborais au mariage d’une de mes meilleures amies, Agnès ! Quand je regarde les photos, j’ai juste envie de rire !!! Je me mis donc à alterner les périodes de tissage avec celles où je laissais  mes cheveux libres et ô miracle, ils se mirent à pousser petit à petit…

3è déclicUn moment, plutôt. Celui où j’ai décidé d’arrêter les extensions et de laisser mes cheveux naturels. C’était il y a 3 ans. Je me souviens que toutes mes collègues attendaient mon retour au bureau, impatientes de découvrir ma nouvelle tête. Elles ne furent pas déçues : d’abord lissés au brushing, mes cheveux se transformèrent au fil des jours en un nuage doux et vaporeux. Celui dont j’avais toujours rêvé : je me trouvais enfin jolie !

4è déclic – Malheureusement, à la même époque, un mal insidieux s’était immiscé en moi: l’hypothyroïdie. Et petit à petit, comme dans un cauchemar, je vis mes beaux cheveux tomber les uns après les autres. J’étais prostrée, ne sachant plus quoi faire. Jusqu’à ce jour de septembre 2009 où mon amie Béatrice – ne supportant plus de me voir ainsi- m’accompagna à Matonge, chez un coiffeur pour hommes pour me faire raser la tête. Que dire de ce que j’ai ressenti à ce moment-là…Je ne me souviens plus bien à vrai dire, si ce n’est de cette sensation de black-out total. Je ne remercierai d’ailleurs jamais assez Béa d’avoir été là pour m’aider à traverser cette épreuve…

5è déclic – Le pacte passé avec Béa et sa sœur Marie-Claire, toutes deux d’origine Burundaise, pour laisser dorénavant nos cheveux pousser naturellement. On était drôles toutes les trois avec nos boules à zéro et je dois dire que sans elles, je n’y serai pas arrivée. L’autre fait encourageant est que je n’ai jamais reçu autant de compliments que depuis mon retour au naturel.

Et c’est donc ainsi que je devins, sans le savoir, une Nappy Girl ! C’était il y a deux ans… Quelque part, c’était hier, car il m’a fallu encore tout ce temps pour apprendre à vivre harmonieusement ma nouvelle vie de nappy, sans céder à la tentation du défrisage ou…des extensions.

Me voici donc aujourd’hui en plein apprentissage avec en plus, un blog sur les bras ! Et ce n’est que du bonheur…

 

Illustration : © Mathilde Bel pour nappyisbeautiful.be / Tous droits réservés ©.


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15 Responses to 35 ans de réflexion capillaire…

  1. Finalement, on peut leur dire merci, à tes cheveux, pour nous avoir raprochées, pour être à l’origine de notre belle amitié! Tu ne pouvais pas trouver mieux comme nom pour ton blog, car NAPPY tu es!!!! Félicitations ma Martine. Continue à nous épater, à nous faire sourire et rire. J’adore le style, j’adore le ton, j’adore tout en fait! Gros bisous ma copiiiiiiine! Sandrina

  2. Touuchant l’article! Tu as l’air d’être une superbe personne! En tout cas, merci pour ce partage. je suis moi-mm défrisée mais je pense à retourner au naturel très bientt – à vrai dire là je suis en transition. Je surfe sur plusieurs sites pr m’informer sur le chvx crépu. Mes cheveux sont devenus cassants et j’ai hâte de les couper mais je préfère avoir d’assez longues repousses d »abord. 🙂

    • Merci Déborah pour ton gentil message!!! Cela me touche beaucoup!. Tu verras, il y aura un moment où tu sentiras que c’est le moment de couper… Rien ne presse, tu as raison de prendre le temps de te renseigner car le tout est d’avoir des cheveux en bonne santé. Tiens-moi au courant de ton évolution capillaire… Tu peux écrire un post sur la fanpage pour partager ton expérience avec d’autres Nappies confirmées ou en devenir… A très bientôt. Bisous, M.

  3. Finalement donc votre problème vient de vous-même. C’est vous qui pensez que vos cheveux ne sont pas beaux, les autres les trouvent jolis naturellement. C’est très difficile de sortir de ces angoisses. Mais c’est possible, alors aimez-vous telle que vous êtes.

    • Bonjour,
      Je ne sais pas à qui je m’adresse. Mais comme vous le dites, pour s’accepter, il faut bien évidemment faire un travail personnel pour surmonter ses complexes. Mais ce qui aide, c’est aussi d’avoir davantage de références dans les médias notamment en termes de diversité. Quand on est habituée toute sa vie à voir des pubs avec des mannequins ne correspondant pas à votre type de beauté (peau, cheveux), on peut développer des complexes… Il en va de même pour celles qui sont rondes et qui ne voient que des filles super minces dans les magazines. Pareil pour les mecs qui n’ont pas tous des tablettes de chocolat, etc… Le débat sur ce sujet est infini mais heureusement que les choses changent. Il est grand temps d’ailleurs… Enfin, tant mieux pour vous si vous vous sentez très bien dans votre peau!!

  4. Bel article..Je défrise mes cheveux , depuis petite car jai toujours eu du mal à les démêler sans que ça ne me fasse mal.j’ai donc continué avant d’arrêter il y a quelques années étant en admiration devant les cheveux naturels.pourtant j’ai une maladie auto immune qui a beaucoup cassé mes cheveux qui sont devenus très fragile.il y a un an j’ai du recommancé à les defriser car étant alité il était compliqué de me coiffer alors mes tantes croyants bien faire m’ont défriser.
    désormais je vais beaucoup mieux dieu merci et le traitement est moins agressif du coup j’ai de nouveau une belle longueur mais je désire arrêter tout ce qui est défrisage . ..je veux commencer par une transition sans tout couper et j’aimerais savoir que faire pour réellement démêler facilement mes cheveux crépus (type 4a).le retour au naturel va être dur !je prends très peu soin de mes cheveux habituellement !

    • Bonjour Nelly,
      Merci pour ton témoignage!! Que tu ailles mieux est le plus important.
      Pour tes cheveux, la transition est une bonne idée. Attention à maintenir l’équilibre entre soins protéinés et hydratants.
      Je te conseille également de faire des coiffures protectrices (twists, vanilles, tresses pas trop serrées…), histoire de ne pas trop manipuler tes cheveux.
      Bon courage et n’hésite pas à me tenir au courant.
      Bien à toi,
      Martine

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